Des fidèles devant une mosquée à Tunis.
Des fidèles devant une mosquée à Tunis.© AFP

 

La visite de prédicateur égyptien radical Wajdi Ghanim en Tunisie a déclenché un tollé dans la société civile. En cause : ses propos appelant à l’instauration de la charia et sa justification de l’excision des femmes.

Vives réactions en Tunisie autour de la visite du prédicateur égyptien radical Wajdi Ghanim. Arrivé samedi 11 février, le religieux répondait à l’invitation d’obscures associations islamistes nées après la révolution. Dès dimanche, Wajdi Ghanim a prêché dans plusieurs villes comme Sousse, Mahdia (dans le sud-est) avant de rassembler une foule de plusieurs milliers de personnes lors d’une conférence dans un grand centre sportif de la capitale tunisienne.

Appel à l’application de la charia en Tunisie, critique virulente des « laïcs et des libéraux » et des « apostats », justification de l’excision des femmes comme une « opération esthétique », l’Égyptien a déclenché de vives réactions dans la société civile.

Emna Mnif, ancienne responsable du parti libéral Afek Tounes, et qui dirige aujourd’hui un « mouvement citoyen », a été l’une des premières à réagir. Elle a dénoncé mercredi 15 février « la succession de passages en Tunisie de ceux qui prétendent être des savants en religion mais sont les tenants d'un islam obscurantiste et wahhabite ». Car Wajdi Ghanim n’est pas le premier invité sur le sol tunisien. D’autres prêcheurs, notamment saoudiens, auraient plus tôt fait le déplacement. Le mouvement d’Emna Mnif a donc exhorté les autorités tunisiennes, via un courrier d’huissier, à empêcher le cycle de conférences de Wajdi Ghanim, accusé notamment « d'incitation à la haine et à la violence » et « d'ingérence dans les affaires tunisiennes ».

"Respecter la révolution tunisienne"

Des avocats ont pour leur part déposé plainte contre le prêcheur égyptien, dénonçant « l'utilisation des mosquées à des fins politiques ». « Il y a une atteinte à la souveraineté de la Tunisie, et il n'y a pas de raison d'utiliser les mosquées pour diffuser un discours de haine et de dissension », a indiqué l'une des plaignantes, l'avocate Bochra Belhaj Hmida.

Un discours qui, selon de nombreux Tunisiens, va à l’encontre de l’islam pratiqué dans le pays. « La Tunisie est islamique depuis plus de 14 siècles et on n'a pas besoin (de prédicateurs radicaux étrangers) » a fustigé le grand mufti de la République, Othman Battikh, sur les ondes de la radio Shems FM.

Les libéraux reprochent également au gouvernement dominé par le parti islamiste Ennahdha son inertie face à de tels discours radicaux. Sur Shems FM, le porte-parole du ministère des Affaires religieuses, Ali Lafi, a indiqué que les déclarations de Wajdi Ghanim étaient « étudiées » par ses services. « Il faut respecter la révolution tunisienne et nos spécificités, et personne ne peut porter atteinte aux acquis de la Tunisie », a-t-il déclaré.

« Les autorités n'ont pas mesuré l'importance d'élaborer un discours religieux attaché à la spécificité tunisienne, alors les gens vont chercher des idées ailleurs », explique pour sa part le chercheur Slah Jourchi, de la mouvance « islamiste de gauche ». « S'il n'y a pas de réaction, il y aura un bouleversement du paysage religieux d'ici cinq à six ans et une dislocation du discours modéré », fustige-t-il.

Wajdi Ghanim, qui figure depuis 2009 sur une liste de personnes interdites d'entrée en Grande-Bretagne pour « apologie de la violence terroriste », devrait pour sa part repartir au plus tard vendredi.

(Avec AFP)



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