Un mot fait actuellement fureur dans le nouveau lexique de la «révolution» tunisienne, relayé à satiété par Ennahdha et quelques éléments de la troïka : le «Tathir». Dans le langage parlé tunisien, signifie la circoncision. Dans la langue arabe pure jus, il signifie l’épuration. Ce terme est actuellement vivement prononcé à propos de l’Administration tunisienne, des médias et de la justice. Il l’était à propos des forces de l’ordre et des ministères de l’Intérieur et de la Justice. Depuis l’installation de ministres Nahdhaouis à leur tête, on n’y parle que de «Islah», ce qui pourrait signifier réforme, restructuration ou modernisation. Le mot «Tathir», n’a jamais été prononcé à propos des partis politiques et encore moins d’Ennahdha, le parti au pouvoir.

De l’administration, comme des médias, on ne parle jamais de restructuration ou de modernisation, mais d’épuration et le pas a été déjà franchi vers la tentative de castration. Pour l’administration, le «nettoyeur» s’appelle Mohamed Abbou, un avocat, ancien prisonnier politique. Pour les médias, dossier plus important, les préposés au nettoyage sont, tout le parti d’Ennahdha et son pendant gouvernemental, le gouvernement de Hamadi Jbali qui s’était depuis quelque temps éclipsé pour laisser la scène à son ministre des Droits de l’Homme , Samir Dilou et son conseiller politique, Lotfi Zitoun.

- Nettoyer, c’est remplacer et prendre le pouvoir de l’autre.

Nettoyer, épurer l’administration, c’est, bien sûr, des fameux «Azlam Annidham», traduisez les suppôts de l’ancien système, nouvel «ânon au dos rond» du pouvoir en place pour la simple raison que ces disciples n’existent plus, qu’ils ont été jetés en prison ou qu’ils se font oublier. Des suppôts qui n’existent plus que dans la mémoire, encore effrayée, de ceux qui les ont chassés.

Les suppôts de l’ancien système dans l’Administration tunisienne, ce sont en fait ceux qui avaient assuré la continuité des services publics pendant la «Révolution» et pendant toute l’année de grèves et de sit-in qui avait suivi. Steg, Sonede, ONAS, télécommunications, Radio et télévision, ministères, banques et poste, qui n’ont enregistré aucune grève ni sit-in.

Les suppôts de l’ancien système dans l’Administration, ce sont tous ceux qui avaient assuré le fonctionnement de cette administration, ceux qui avaient assuré que le trésor public peut avoir assez d’argent pour que le pays puisse en vivre toute une année et davantage sans travailler ou produire, ceux qui avaient assuré que la Tunisie de l’après Révolution retrouve plus de 10 milliards DT dans ses réserves de change pour pouvoir assurer ses importations vitales et rembourser ses dettes à temps.

Les suppôts de l’ancien système dans l’Administration, ce sont ceux qui avaient assuré que le gouvernement d’Ennahdha et ses copains de la troïka peut retrouver tous les papiers et documents, à l’abri de tout vol ou destruction. Des agents disciplinés et corvéables à souhait qui n’ont fait ni grève ni sit-in, pour que les nouveaux gouvernants puissent gouverner dans la sérénité et non dans le chaos administratif et pour qu’Ennahdha puisse commander comme elle n’a pas arrêté d’en manifester l’ardent désir. Une administration faite de compétences dont certaines avaient payé de leurs grades ou de leurs carrières, la résistance aux désidératas de la famille.

Le «Tathir» de cette Administration et son épuration, ne valent-ils pas remplacement sur le critère de la confiance et de la loyauté et prise de possession des pouvoirs de ceux qui ont été remplaçants par des remplaçants dont la loyauté est pour les nouveaux gouvernants ? Le «Tathir», n’est-il pas, en réalité, une castration pour la mettre entre les mains du nouveau pouvoir en place et annihiler ainsi ses dernières volontés de résistance envers des dirigeants, temporaires, provisoires et préserver les intérêts des générations futures d’une Tunisie encore en construction ?

Que repère cette accusation de «suppôts de l’ancien système», qui ne l’est pas dans une administration, juridiquement et légalement au service du pouvoir, comme veut justement le faire le nouveau pouvoir Nahdhaoui et à quelle sauce de la justice transitionnelle vont-ils être mangés ?

- Epurer, c’est castrer et mettre au pas.

Nettoyer, épurer les médias, c’est aussi des «Azlem» de l’ancien régime, devenu préhistoire pour les journalistes, tant la liberté retrouvée devient incessible. L’accusation est tellement vague qu’elle reste aussi vaste que l’eau dans laquelle le gouvernement Nahdhaoui veut «noyer le chien qu’elle accuse de rage». Tout cela à la faveur de la situation de suspicion qu’il installe en médiatisant sa théorie de complot pour cacher son incapacité à résoudre les problèmes, cumulés, pendants et successifs, de ceux qui avaient voté Ennahdha.

Ces suppôts dont le gouvernement Jbali, ses ministres et son parti, veulent épurer les médias, ne sont-ils pas ceux qui leur avaient ouvert les objectifs des cameras, les micros et les colonnes, pour faire leurs campagnes électorales sans avoir à dépenser un sou, plus qu’ils ne l’avaient fait pour le CPR, le PDP ou tout autre parti ?

Ces suppôts sur lesquels ils tirent à boulets rouges, ne sont-ils pas les mêmes qu’ils appelaient à se libérer du joug de Ben Ali et de ses ministres ? Ne sont-ils pas ceux- là mêmes qui avaient réussi à faire des médias la caisse de résonance des demandes, inquiétudes, revendications, appréhensions et aspirations populaires ? Ces suppôts qui ne font plus leurs journaux comme ils étaient obligés de le faire sous Ben Ali, ne sont-ils pas les mêmes que les anciens opposant qu’étaient ceux d’Ennahdha et du CPR appelaient à se libérer lorsqu’ils étaient, eux, en prison ? Pourquoi Ennahdha ne s’était-elle pas limitée à dénoncer ceux qui avaient nui directement à ses membres et qu’elle connaît personnellement ? Pourquoi n’a-t-elle pas, jusqu’ici, déposé aucune plainte comme l’a fait le journaliste d’Al Jazeera ? Pourquoi tient-elle à mettre, dans le même sac, toute la presse ?

La réponse nous semble simple. Accuser dans le vague, c’est se donner latitude de castrer toute la presse et les médias et les mettre directement sous la coupe du nouveau pouvoir. Castrer, c’est s’assurer que personne ne se lèvera contre un nouveau pouvoir qui a besoin développe les mêmes anciens réflexes que le régime qui l’a créé.

 

 

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