Mustapha Benjaafar, le président de l’Assemblée constituante, a ouvert jeudi les travaux de mise en place des commissions chargées de la rédaction de la nouvelle Constitution.

Ces commissions devraient être à pied d’œuvre dès lundi prochain mais dans un contexte où les islamistes, notamment les salafistes du Hizb Ettahrir, nouveaux acteurs de la scène politique, vont tout faire pour peser sur les travaux de l’Assemblée constituante afin de remettre en cause l’héritage bourguibiste, notamment le statut personnel et, partant, imposer leur choix de société. En tout cas, une chose est certaine, la situation en Tunisie n’évolue pas dans le sens souhaité par les acteurs de la révolution du 14 janvier 2012 ! Bien au contraire, ce sont ceux (les islamistes), restés en marge du mouvement populaire, qui sont en train de tirer les marrons du feu.

En effet, outre les multiples agressions et pressions contre les femmes, qui ne portent pas le voile islamique, les démocrates et les intellectuels, l’occupation des universités pour imposer le port du niqab, le boycott organisé des cours animés par des femmes non voilées, voilà que le gouvernement d’Ennahda ouvre les portes de la Tunisie aux pires penseurs de l’islam politique. L’Egyptien Wajdi Ghonim en est un. Dans une série de conférences, qu’il a animées dans plusieurs villes tunisiennes, le prédicateur égyptien a soutenu sans être remis à sa place que «la Tunisie est le premier pays qui a fait la révolution et il sera inch’Allah le premier pays qui appliquera la Charia islamique».

«Les gens en Égypte et en Tunisie ont voté pour la religion, ils veulent l’Islam, ils veulent la religion», a-t-il poursuivi avant de fustiger les femmes qui pratiquent le sport dans une tenue vestimentaire indécente, et de s’écrier : «Tunisie, Tunisie islamique ! Non, non à la laïcité !» Pire, alors que le gouvernement tunisien a naturellement observé un pieux silence, le chef de l’Etat, Moncef Marzouki, qui avait traité le prédicateur égyptien de «microbe», s’est rétracté : il lui a même présenté ses excuses à la grande satisfaction des barbus locaux ! La Ligue tunisienne des droits de l’Homme (LTDH) s’est émue du silence du gouvernement. Un collectif d’avocats, de personnalités et l’association tunisienne des femmes démocrates ont déposé plainte contre le prédicateur, d’autres exigent du gouvernement l’interdiction des mosquées et lieux de prière à des fins politiques.

Une démarche bien tardive parce qu’ils auraient dû initier et imposer cette interdiction avant les élections. S’est greffée à ces inquiétudes l’arrestation de trois journalistes, dont le rédacteur en chef et le directeur général Nassreddine Ben Saida du quotidien arabophone Ettounissia, pour avoir publié à la Une du journal une photo d’un nu (une femme), jugée contraire à la morale et portant atteinte aux bonnes mœurs. Face à ce développement inquiétant de la situation, les partis démocrates et de gauche ont enfin réagi en formant une alliance pour barrer la route aux islamistes.

Des marches de protestation, rassemblant des milliers de personnes, ont eu lieu à Tunis. Mais il est à craindre, dans un contexte de fragilisation de l’économie tunisienne, d’un chômage touchant plus de 20% de la population, que ces réactions ne soient quelque peu tardives. Moncef Marzouki, homme intègre, sincère, dont l’engagement démocratique n’est pas à mettre en doute, ne pourra pas longtemps tenir le rôle d’un président servant d’alibi à une islamisation rampante de la société tunisienne. Les salafistes, qui agissent sous l’ombre bienveillante d’Ennahda, se font de plus en plus bruyants. De ce fait, viendra le temps où le chef de l’Etat tunisien devra trancher tant il est impossible de concilier les contraires.

 

 

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