Invité récemment sur les ondes de la Radio Oasis Fm (Gabès), Sadok Chourou a confirmé la volonté de son parti de vouloir inscrire la Chariâa dans la Constitution, en tant que « source principale des lois », mais il va plus loin.
Membre de la commission en charge du préambule de la Constitution, l’élu du mouvement islamiste a affirmé que le premier référent et le plus important, dans les principes fondamentaux de la Constitution, doit être l’Islam. Afin de permettre de légiférer à partir de ce principe, les législateurs devront se référer à trois piliers essentiels : Le Coran, la Sunna et un Conseil d’Oulémas (savants religieux). Ce Conseil aura pour but de trancher sur les sujets de la Chariâa sujets à différentes interprétations ou qui ne trouvent pas une réponse claire dans le Coran ou la Sunna. Les Oulémas auront alors un rôle de consultants sur ces sujets litigieux et auront pour tâche de se mettre d’accord afin de décider si une loi est conforme à la Chariâa ou pas.
Sadok Chourou justifie cette nécessité d’une législation religieuse par le fait que la religion d’Etat est l’Islam, et considérant que le peuple tunisien est musulman, il ne verra aucun inconvénient à ce que la Chariâa soit appliquée.

Jaouhar Ben Mbarek, également présent lors de cette émission s’est indigné de cette initiative, prélude à l’établissement d’un pouvoir théologique, car les Oulémas en question feront figure de Conseil constitutionnel, et les lois qu’ils considèreront comme étant contraires à la Chariâa seront jugées inconstitutionnelles. Jaouhar Ben Mbarek déclare en outre qu’il y a une différence entre une volonté de définir l’appartenance d’un peuple à un héritage arabo-musulman et inscrire la Chariâa dans la Constitution, comme source de loi. Le premier cas offre une définition alors que le second est une question politique. Inscrire alors une orientation politique dans la Constitution ne servirait qu’à la fragiliser, car elle sert les intérêts d’une partie de la société. D’autre part, cette question divise les Tunisiens et ne peut donc pas être inscrite dans une Constitution qui regroupe l’ensemble des composantes de la société.

Pour Sadok Chourou, l’inscription de la Chariâa, si elle est votée par l’Assemblée, ne pourra être que légitime et émaner de la volonté du peuple. De plus, s’ils ne parviennent pas au vote des deux tiers des élus de la Constituante, la Constitution sera soumise au Referendum populaire, et là encore, si elle obtient la majorité absolue, cela lui donnera toute sa légitimité.

Pour Jaouhar Ben Mbarek, le referendum pour faire passer la question de la Chariâa sera indispensable car Ennahdha ne pourra pas réunir deux tiers de l’Assemblée sur cette question. Cela dénotera d’un refus du consensus et d’englober les différentes composantes de la société. Pour ce qui est du referendum, Jaouhar Ben Mbarek estime qu’il y a deux possibilités. Soit la Constitution est rejetée, ce qui aura pour effet de déstabiliser et retarder le processus démocratique, soit elle sera acceptée à une faible majorité, ce qui, encore une fois, participera à la division des Tunisiens en deux camps. Dans tous les cas, ce refus du consensus constitue un réel danger et la question de la Chariâa devra être nécessairement écartée.

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