«Traditionaliste», «fondamentaliste», «littéraliste», «islamiste», «intégriste». Quels que soient les qualificatifs censés les désigner, les différents courants irriguant l'islam radical se rejoignent pour imposer aux musulmans vivant en France - qui souvent n'en perçoivent pas eux-mêmes toutes les subtilités doctrinales - un formalisme cultuel et culturel en opposition avec l'esprit laïque et républicain à la source de notre modernité occidentale.

Ce formalisme, selon une simpliste représentation binaire d'un monde uniquement régi par le licite et l'illicite, sépare les musulmans des non-musulmans, les «vrais» croyants des autres, et définit, jusque dans le moindre détail, de strictes règles de vie. Du port d'un voile discret en ville à celui de la burka, du refus de consommer du porc jusqu'à celui de pénétrer dans un restaurant qui ne serait pas complètement halal, de l'interdiction d'écouter du rap jusqu'à celle d'entendre une seule note de musique, il existe de nombreux paliers menant à la «pureté» islamiste. À un certain degré, le croyant qui aspire à vivre sincèrement sa foi adopte un comportement qui - sans faire de lui un terroriste - le conduit à refuser les règles en vigueur à l'école, à l'hôpital, et plus généralement dans le monde économique et social français.

Parmi ceux qui prônent un retour à une prétendue tradition islamique, les Frères musulmans, mouvement fondé en Égypte par Hassan al-Banna en 1928, inspirent nombre de formations, plus ou moins concurrentes, qui se réclament d'une doctrine plaçant le texte coranique au-dessus de toute Constitution humaine.

Lié à certains Frères musulmans étrangers et à leurs circuits financiers dans le Golfe, l'UOIF, Union des organisations islamiques de France, rassemble plus de deux cents associations et est un des principaux piliers du CFCM, le Conseil français du culte musulman. L'effort doctrinal de l'UOIF pour adapter les pratiques musulmanes à la réalité européenne n'empêche pas, localement, telle ou telle de ses associations, de mener des actions «fondamentalistes». Les JMF, Jeunes musulmans de France, les EMF, Étudiants musulmans de France, directement rattachés à l'UOIF, ou l'UJM, l'Union des jeunes musulmans de France, proche de Tarik Ramadan, le petit-fils d'Hassan al-Banna, sont peu ou prou dans l'orbite intellectuelle des Frères musulmans. Le Tabligh, mouvement créé dans l'Inde britannique des années 20, a également réislamisé les banlieues, par l'entremise de ses prêcheurs traditionalistes. Une de ses branches, suite à une scission, est représentée au CFCM.

Parmi les nombreuses confréries, celle des Ahbaches nourrit également l'islam radical, au même titre que la nébuleuse salafiste, inspirée du wahhabisme saoudien.

Et parallèlement à l'islamisme qui gagne certaines populations originaires du Maghreb, la communauté d'origine turque est «travaillée» par des mouvements intégristes, tels ceux des Süleymanci ou des Kaplanci.

 

 

 

 Le Figaro Thierry Portes en  2004

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