En juillet dernier, la secrétaire d'État Hillary Clinton participait à une réunion à Istanbul avec le président de l'OCI pour discuter des modalités d'application de la résolution 16/18 sur la diffamation de la religion adoptée par consensus par le Conseil des droits de l'homme le 12 avril 2011. Un suivi de cette réunion aura lieu à Washington la semaine prochaine, à l'invitation de Mme Clinton. Dans le Wall Street Journal, Nina Shea et Paul Marshall appellent le président Obama à mettre un terme à cette folie.

OCI-CLINTON
Istanbul, 15 juillet 2011

 

 

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En juillet dernier à Istanbul, la secrétaire d'Etat américaine Hillary Clinton a co-présidé, avec l'Organisation de coopération islamique (OCI) basée en Arabie saoudite, une « réunion de haut niveau sur la lutte contre l'intolérance religieuse » .

Mme Clinton a invité l'OCI à Washington pour une conférence visant à endurcir les « muscles de respect, d'empathie et de tolérance ». Cette conférence doit se dérouler du 12 au 14 décembre.

Depuis plus de 20 ans, l'OCI exhorte les gouvernements occidentaux de limiter le discours sur l'islam. Sa charte contient un engagement de « lutter contre la diffamation de l'islam », et son plan d'action actuel appelle tous les États à adopter des « peines dissuasives » pour lutter contre l'islamophobie supposée.

En 2009, « l’Académie internationale du Fiqh [jurisprudence] islamique », un organe officiel de l’OCI, a émis des fatwas appelant à des restrictions à la liberté d’expression, y compris une « législation internationale » visant à protéger « les intérêts et les valeurs de la société [islamique] », et à des sanctions judiciaires pour l'expression publique d’apostasie de l’islam. Le Secrétaire général de l'OCI, Ekmeleddin Ihsanoglu, souligne que « nul n’a le droit d’insulter les croyances d’autrui ».

L'OCI ne propose pas de définition du discours qui devrait être banni, mais les pratiques de ses principaux membres fournissent des exemples. Des millions de bahaïs et d’Ahmadis, des mouvements religieux nés après Mahomet, sont condamnés à titre « d’insulteurs » de facto de l’islam, ils sont souvent persécutés par les gouvernements des nations membres de l'OCI, et attaqués par des justiciers. Ceux qui cherchent à quitter l'islam connaissent un sort similaire.

Les réformateurs musulmans sont largement et spécifiquement ciblés pour leur discours prétendument anti-islamique. En Afghanistan, Ali Mohaqeq Nasab, rédacteur en chef du magazine « Haqooq-i-zen » («droits de la femme»), a été emprisonné par le gouvernement Karzaï pour avoir publié des articles «non-islamiques» : ces articles critiquaient la lapidation des adultères. En Iran, l'ayatollah Boroujerdi a été emprisonné pour avoir fait valoir que le « leadership politique par le clergé » est contraire à l'islam. Au Bangladesh, Salahudddin Choudhury a été emprisonné pour avoir blessé des « sentiments religieux » en prônant des relations pacifiques entre le Bangladesh et Israël.

L'Egypte interdit les livres et emprisonne les musulmans dont les vues contredisent celles d’Al-Azhar, un centre sunnite financé par l’État. D’autres sont punis pour s'être éloignés des sectes islamiques locales dominantes, et cela non seulement dans les états autoritaires du Pakistan et du Soudan, mais aussi en Indonésie, en Malaisie, en Algérie et d'autres pays soi-disant modérés.

Les pressions de l'OCI sur les pays européens en vue d’interdire les « stéréotypes négatifs sur l’islam » ont augmenté depuis l'assassinat de Theo Van Gogh en 2004 pour son film « Soumission » et l'imbroglio des caricatures danoises de Mahomet en 2005. Dans l’espoir d’assurer la paix sociale, de nombreux pays (comme la France, l'Allemagne, l'Autriche, les Pays-Bas, la Finlande, l’Italie et la Suède) poursuivent des gens pour avoir « dénigré » l'islam ou offensé les sentiments religieux des musulmans.

Encourager un discours courtois est louable, et la liberté d’expression énoncée au Premier Amendement signifie que les Etats-Unis n’imiteront pas l’Europe de sitôt. Par contre, si l'administration Obama est vouée à la défense des droits constitutionnels, pourquoi se dit-elle « unie » - comme l’a écrit M. Ihsanoglu de l'OCI dans le Turkish Weekly après la réunion d'Istanbul - avec une organisation qui tente de saper nos libertés ? M. Ihsanoglu se félicite de ce partenariat alors même qu’il se plaint dans son article que l'Amérique permet « l’islamophobie » sous la « bannière de la liberté d'expression. »

Le président Obama doit mettre un terme à cette folie et déclarer que dans les sociétés libres, toutes les opinions et les religions sont sujettes à la contradiction et à la critique et que l'OCI doit apprendre à le tolérer. L'alternative est ce que feu le président musulman de l’Indonésie, Abdurrahman Wahid, a appelé « une chambre de dogmatisme étroite et suffocante ».

Nina Shea et Paul Marshall sont Senior Fellows du Centre pour la liberté religieuse de l'Institut Hudson. Ils sont les auteurs de “Silenced: How Apostasy & Blasphemy Codes Are Choking Freedom Worldwide” (Oxford University Press, 2011).

 

 

 

 

Sources : The State Department vs. Free Speech, par Nina Shea et Paul Marshall, WSJ, 5 décembre 2011. Traduction  et par Poste de veille

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