USA : le "Processus d'Istanbul" est une bien mauvaise idée

La conférence intutilée «Processus d'Istanbul» qui se déroule présentement à Washington vise à faire adopter en droit international des résolutions aussi dangereuses pour la liberté d'expression que les résolutions sur la diffamation des religions, qui ont perdu beaucoup d'appuis à l'ONU. Face à ce soutien décroissant, l'OCI a opté pour une nouvelle approche : au lieu de combattre la diffamation des religions, elle combat «l'intolérance religieuse».

On sait ce qui va se passer si ce programme est adopté : il n'y aura aucune réciprocité ; la liberté d'expression va reculer en Occident ; la répression des minorités et des esprits libres va s'accroître dans les pays musulmans ; et l'intolérance religieuse, loin de diminuer, va aller en augmentant.

Secretary Clinton and OIC Secretary General Ekmeleddin Ihsanoglu
Le Secrétaire général de l'OCI, Ekmeleddin Ihsanoglu, et la Secrétaire d'État Hillary Clinton

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Hier, s’ouvrait la conférence internationale annoncée par la Secrétaire d'Etat américaine Hillary Clinton en juillet à Istanbul lors d'une réunion de haut niveau sur l'islamophobie organisée par l’Organisation de la coopération islamique basée en Arabie saoudite qu'elle a co-présidée.

La Secrétaire d'Etat Clinton avait décrit la conférence de cette semaine comme une démarche visant à mettre en œuvre la résolution 16/18 du Conseil des droits de l’homme sur «la lutte contre l’intolérance [religieuse], les stéréotypes négatifs et la stigmatisation.»

Cette conférence du Département d'Etat, intitulée «Le processus d'Istanbul», se révèle être une très mauvaise idée. Il reste à voir si les limitations à la liberté de parole pour protéger la religion en général, et l'islam en particulier, seront officiellement approuvées par la conférence - des recommandations similaires ont déjà été adoptées par l'OCI et les participants à la conférence de l'UE - mais à en juger par la séance d'ouverture, certaines de mes craintes semblent fondées.

La conférence de trois jours est fermée au public mais j'ai été invitée à la séance d'ouverture (ainsi qu’à la séance de clôture qui se tiendra mercredi) en ma qualité de membre de la Commission américaine sur la liberté religieuse internationale, un organisme officiel mais indépendant. La règle «Chatham House» imposées par le Département d’État interdit de révéler quoi que ce soit au sujet d’une délégation spécifique ou d’attribuer des propos à un individu.

Alors donc, pour parler en termes généraux : les responsables juridiques et de sécurité d'une délégation qui restera anonyme ont présenté un survol des principes fondateurs des USA sur la liberté religieuse et des multiples violations de ces principes au cours de l’histoire américaine, marquée par des attaques contre une grande variété de minorités religieuses - y compris les musulmans aujourd'hui. Une multitude de cas actuels ont été mentionnés ; en revanche, le succès relativement exemplaire et distinctif des USA dans la défense de la liberté religieuse dans une société fortement pluraliste a été passé sous silence. Ce même orateur a rassuré la salle, remplie de diplomates du monde entier, en disant que l'administration Obama s’emploie avec diligence à poursuivre les islamophobes américains et à transformer le ministère de la Justice en conscience de la nation, ajoutant qu’il pourrait certainement apprendre beaucoup des délégués présents sur d’autres manières de mettre un terme à l’intolérance religieuse persistante aux USA.

Dans la salle, on pouvait repérer les délégués de certains des régimes les plus répressifs et intolérants du monde, petit sourire en coin, prenant frénétiquement des notes.

Le ministre saoudien de la Justice a récemment visité les États-Unis, mais il a malheureusement quitté le pays avant l’ouverture de la conférence de sorte qu'il ne fera pas de présentation sur la façon dont les Saoudiens mettent fin à l'intolérance religieuse. Et aucune délégation de ce pays n'aura l'occasion de vanter l'interdiction des églises en Arabie, la répression de l'importante population chiite autochtone, les manuels scolaires qui enseignent que les Juifs doivent être tués, ou la décapitation hier d’une femme pour sorcellerie, peu après celle d’un Soudanais pour le même crime.

Pendant ce temps, au siège de l'ONU à New York, une nouvelle résolution faisant suite à la résolution 16/18 a été introduite par l'OCI et sera bientôt présentée à l'Assemblée générale, où elle sera sans doute adoptée avec l'approbation des Etats-Unis. Cette résolution félicite nommément un seul pays pour sa promotion de la tolérance religieuse : l’Arabie saoudite.

Nina Shea dirige le Centre pour la liberté religieuse de l'Institut Hudson. Elle est co-auteur, avec Paul Marshall, de “Silenced: How Apostasy & Blasphemy Codes Are Choking Freedom Worldwide” (Oxford University Press, 2011).

 

 

 

 

Sources : D.C. Islamophobia Conference Was a Bad Idea, par Nina Shea, NRO, 13 décembre 2011 et  via (Traduction par) Poste de veille

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