Vague d’attentats islamistes au Nigeria: Boko Haram : ces dangereux " Talibans d’Afrique "
En réagissant face aux attentats attribués à la secte islamiste Boko Haram et qui ont visé le jour de Noël dernier des églises et des services secrets dans le nord-est du Nigeria, le président nigérian Goodluck Jonathan a estimé que "ces actes de violence contre des citoyens innocents sont un affront injustifié à la sécurité et à la liberté collective" du pays et que "les Nigérians doivent unanimement les condamner ".



Les Béninois, voisins directs des Nigérians ainsi que les citoyens de tous les pays de l’espace sous régional ouest africain devraient les condamner aussi. Et mieux, la réflexion prospective pour essayer de trouver une solution à ce mal qui prend de l’ampleur s’impose à tous les pays de la CEDEAO (Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’ouest) car la sagesse africaine nous enseigne que " lorsque la case de ton voisin brûle, tu devras te dépêcher de l’aider à l’éteindre, au risque de voir l’incendie se propager vers ta case ". Le problème de la poussée islamiste au Nigeria commence en effet à devenir inquiétant et mérite une thérapie de choc, sinon c’est toute la région (dont le Bénin) qui pourrait voir le fléau se propager dans son espace.

Comment comprendre et expliquer ces attaques lâches et préméditées perpétrées par Boko Haram, ce groupe qui prône la création d’un État islamique au Nigeria ? Pourquoi cette haine aveugle et absurde contre l’Occident ? Puisque le nom de cette secte est assez révélateur sur sa vision et ses actions ; le nom de Boko Haram signifie en effet (par traduction du Haoussa, langue du nord Nigeria et de l’arabe) : " l’éducation occidentale est un interdit ".

En réalité, nous sommes là en face de voyous et de fondamentalistes radicalement intolérants qui mettent en avant la religion musulmane pour assouvir de vils desseins de prise et d’exercice de pouvoir politique. Et c’est là tout le paradoxe, puisque l’Islam se veut une religion de tolérance, par excellence. La cible chrétienne qui est visée semble n’être qu’un prétexte pour aboutir à une fin purement politique. Le chemin le plus court qu’ils ont trouvé est celui de la partition du pays en deux, pour en faire un Nord Nigeria musulman et le Sud Nigeria Chrétien. Pour y parvenir, ils ont choisi de jouer sur l’affectivité religieuse des Musulmans, nombreux dans le pays, pour les faire adhérer à une cause qui n’est aucunement nationaliste, mais purement égoïste. Sinon comment vouloir imposer comme loi d’Etat les règles d’une religion qui n’est pas la seule, ni majoritaire dans le pays ? Le nord du pays est à majorité musulmane avec quelques enclaves chrétiennes, alors que le sud est à dominante chrétienne. Voilà pourquoi ces fondamentalistes de Boko Haram ont choisi de prôner la création d’un Etat islamique dans le nord du Nigeria, avec une stricte application de la charia.

Ce qui prouve aussi que la cible chrétienne ou occidentale n’est que purs prétexte et machination, c’est le fait que le groupe lance des raids meurtriers qui visent policiers, militaires, hommes politiques mais aussi des bars qui servent de l’alcool. On le voit bien : Boko Haram " tire sur tout ce qui bouge " en prenant comme cibles non seulement les structures étatiques nigérianes mais aussi les représentations des Nations Unies. C’est certainement ce qui explique qu’en 2010, la secte, jusqu’alors active dans le nord, élargit son champ d’action et à Abuja, la capitale, elle frappe en juin le quartier général de la police et en août le siège des Nations unies.

La communauté internationale est donc interpellée, à double titre : d’abord parce que nous sommes de plus en plus face à des acteurs de terrorisme international, vu le fait que les attaques deviennent plus sophistiquées et plus meurtrières avec des bombes activées à distance par exemple ; ensuite parce que les attributs des Nations Unies sont aussi objets d’attaques meurtrières. C’est vrai qu’à Washington, la Maison Blanche a condamné "la violence gratuite et les morts tragiques le jour de Noël" et que l’Allemagne, la France, l’Italie et la Grande-Bretagne ont également dénoncé ces attaques ainsi qu’Israël qui va fournir une aide médicale aux blessés. Mais ceci n’est point suffisant. Il est utile et urgent que le cas nigérian soit étudié avec autant d’attention et d’intérêt que l’Afghanistan, l’Irak, la Somalie, etc. Des observateurs craignent déjà en effet que Boko Haram n’ait développé des liens avec la branche maghrébine d’Al-Qaïda et que le mouvement soit soutenu par une partie de la classe politique du Nigeria qui veut déstabiliser le gouvernement de Goodluck Jonathan, et par les islamistes internationalistes tels que les shebabs de Somalie et Aqmi au Sahel. Le cas nigérian est très préoccupant et mérite grande attention.

Boko Haram en quelques mots et chiffres

Boko Haram est un mouvement islamiste extrémiste armé actif au nord-est du Nigeria, principalement dans les États de Borno, de Yobe et de Bauchi.

Le groupe, activement combattu par les forces armées nigérianes, s’est illustré par une série de violences à l’encontre du gouvernement, des chrétiens et de la population musulmane des régions où ils sont implantés. Prônant un islam radical et rigoriste, l’idéologie du mouvement s’inspire des Talibans d’Afghanistan, rejetant la modernité et visant à instaurer la charia dans les Etats au Nord du pays.

Idéologie

Le nom de Boko Haram signifie " L’éducation occidentale est un interdit ". Boko (du francais " Occidental ") est un alphabet latin créé par les Européens pour transcrire la langue haoussa et par dérivation, il désigne l’école laïque. " Haram " est un mot arabe signifiant " interdit " ou " illicite " dans l’islam.

Dénonçant la constitution nigériane calquée aux valeurs occidentales, Boko Haram souhaite instaurer la charia et un État islamique à l’ensemble du Nigeria.

Selon l’avis d’experts en réponse à des rumeurs prêtant à la secte des liens avec Al-Qaïda, les deux groupuscules poursuivent des objectifs différents. Bien que tous deux opposés à la modernité et aux valeurs occidentales, Boko Haram se distingue par des attaques essentiellement anti-gouvernementales et non envers des intérêts occidentaux. De plus, ses membres se revendiquent des Talibans Afghans sans pour autant entretenir de liens directs avec eux. Cependant à partir de 2010 et surtout des attentats de l’été 2011, il est possible que Boko Hakam ait tissé des liens avec Al-Qaida au Maghreb islamique (l’ancien Groupe salafiste pour la prédication et le combat algérien). Selon Athmane Tazaghart, essayiste et spécialiste de l’islam radical, Boko Hakam serait ainsi passé d’une secte salafiste réactionnaire à une formation djihadiste pratiquant le terrorisme islamiste.

Histoire, Fondation et endoctrinement

Boko Haram est fondé en 2002 par Mohamed Yusuf, prédicateur radical, à Maiduguri, capitale de l’État de Borno. C’est d’abord une mosquée dotée d’une école coranique où les familles pauvres peuvent envoyer leurs enfants7. L’organisation se politise et attirent alors de jeunes étudiants en rupture de ban à l’université. Selon le journal Rationalist International, un mouvement connu sous le nom de " Disciples du Prophète " (Al Sunna Wal Jamma), se revendiquant également des Talibans afghans, fut la source de violences au sein de Damaturu, capitale de l’État de Yobe, le 31 décembre 200310. Durant l’attaque, le groupe manifeste son hostilité envers le régime de Umaru Yar’Adua en vandalisant des postes de police afin de se procurer des armes et des munitions. Il occupe temporairement la localité de Kanamma, proche de la frontière avec le Niger, entraînant l’exode de la moitié de ses habitants.

De 2004 à 2009, des heurts souvent violents opposent ses militants aux forces de sécurité. Le gouvernement sous-estime le danger prenant la secte pour un groupuscule d’illuminés sans soutien7. En 2006, Mohamed Yusuf fait l’objet d’une enquête pour des activités jugées illégales, mais l’instruction est abandonnée. Le gourou est arrêté à plusieurs reprises, notamment le 13 novembre 2008 pour " rassemblements illégaux " et " troubles à l’ordre public ". Néanmoins, il est relaxé sur décision de la cour.

Conflit armé de 2009 et mort de Mohamed Yusuf

Le 26 juillet 2009, une nouvelle série de violences débute après une attaque simultanée des islamistes dans quatre États du Nord du Nigeria, (Bauchi, Borno, Yobe et Kano). Le gros des combats opposent les troupes gouvernementales aux membres de l’organisation à Maiduguri et dure cinq jours. Selon Umaru Yar’Adua, l’opération des forces armées nigérianes devait mener à la chute définitive du mouvement fondamentaliste. Le 30 juillet 2009, les forces de sécurité infligent une sérieuse défaite aux fondamentalistes et les chassent de la capitale. Le bilan des combats s’élève à plus de 700 morts dont au moins 300 militants islamistes. Mohamed Yusuf, capturé à Maiduguri, est exécuté par les soldats. Les combats cessent en milieu de journée.

Le 14 août 2009, Sanni Umaru, membre de Boko Haram se présentant comme le successeur de Mohamed Yusuf, lance un appel au jihad au Nigeria dans une lettre datée du 9 août. Il reconnaît la mort d’au moins 1 000 membres de la secte suite aux combats de juillet 2009.

Poursuite du mouvement et attentats

Après l’échec de leur insurrection, d’août 2009 à août 2010, de nombreux membres de Boko Haram se sont enfuis au Niger et au Tchad, la secte reste discrète et se réorganise en secret à Maiduguri. En septembre, elle refait surface de façon spectaculaire en prenant d’assaut la prison de Bauchi réussissant à libérer 700 prisonniers dont 150 adeptes.

Noël 2010 est l’occasion d’intensifier la lutte contre les chrétiens, attaques, incendies et assassinats ciblés font plusieurs dizaines de morts.

À partir d’avril 2011, le groupe multiplie les attentats à la bombe contre des églises chrétiennes, des gares, des hôtels, débits de boisson et des bâtiments officiels. L’élection présidentielle de mai et la victoire de Goodluck Jonathan est l’occasion d’autres attentats qui font une dizaine de morts. Le 21 juin, une dizaine d’hommes armés attaque la ville de Kankara dans l’État de Katsina, incendie un poste de police, libère les détenus et pille une banque, tuant 7 personnes dont 5 policiers.

La volonté affichée du gouvernement à partir de juillet 2011 de négocier avec Boko Haram n’empêche pas celle-ci de poursuivre la lutte armée et de revendiquer l’attentat kamikaze contre la représentation des Nations unies à Abuja le 26 août 2011 au cours duquel 18 personnes trouvèrent la mort.

Le 4 novembre 2011, le quartier chrétien de Damaturu a été pris pour cible par Boko Haram, faisant 130 morts chez les chrétiens, et détruisant dix églises. Après cet attentat, 100 personnes sont portées disparues. Avant d’assassiner les chrétiens, les membres de Boko Haram ont attaqué des postes de police, la préfecture de police, et une base militaire. Ils avaient pour but de tuer quiconque ne voulait pas adhérer à l’Islam..

Le 25 décembre 2011, jour de Noël, Boko Haram revendique un attentat contre une église à Madalla, en périphérie d’Abuja, la capitale fédérale du Nigeria (27 morts), alors qu’un second attentat vise une église évangélique de Jos, épicentre de violences intercommunautaires dans le centre du pays. Ces attentats succèdent à une série d’attaques dans le nord-est du pays (Damaturu et Potiskum, dans l’Etat de Yobe, et Maiduguri, capitale de l’Etat voisin de Borno) les 22 et 23 décembre qui auraient fait près de cent morts.

 


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